L’archipel des Tonga

Vendredi 13 septembre, nous quittons l’attachante île de Niue pour l’archipel Nord des Tonga, doucement avec un vent arrière de 15 nœuds : 111 milles en 24H. Le lendemain le vent forcit à 20-25 nds et nous pousse bien. Nous passons entre une fosse océanique de 9500 mètres de profondeur et un haut fond à -227 mètres. Les reliefs sous marins sont vertigineux dans cette région à forte activité volcanique. Dimanche 15 septembre… eh bien non, nous sommes privés du dimanche car nous venons de passer la ligne de changement de date ! C’est donc le lundi 16 septembre que nous arrivons dans l’archipel appelé groupe Vava’u. Le relief, comparable à celui de Niue, se distingue par un foisonnement d’iles ou ilots de corail soulevé à quelques dizaines de mètres d’altitude par les poussées des plaques tectoniques.
Le royaume des Tonga est le seul Etat du Pacifique qui ait conservé son indépendance, même s’il s’est placé un temps sous la protection britannique pour éviter la colonisation allemande. Aujourd’hui règne Topau VI. Nous arrivons le jour de la mort du Premier ministre Akilisi Pohiva, le premier porté à cette fonction par un Parlement majoritairement élu par le peuple après la réforme constitutionnelle de 2008.

Avant de débarquer à Neiafu, nous nous amarrons au quai pour attendre la visite des douanes, de l’immigration et de l’agriculture, en remplissant de copieux formulaires. Trois heures après, c’est fait et nous nous mettons en quête d’une bouée -les fonds sont de mauvaise tenue-. La concurrence est rude et l’homme qui fait office de chef de port n’en fait qu’à sa tête. Manifestement nous n’avons pas trouvé les bons arguments. Nous nous retrouvons au fond de cette baie très fréquentée. Neiafu a en effet la réputation de trou à cyclone, et des loueurs de catamarans s’y sont installés. C’est aussi une étape incontournable des voyages vers l’Australie ou la Nouvelle-Zélande avant le début de la période cyclonique qui commence officiellement en novembre. Nous y retrouvons Martin et Laura sur Three Sheets, Sam et Mariente sur Seahawk, Adrian et Kate sur Locki et nos amis canadiens Benoît et Geneviève sur Mjolnir. Tous se préparent à traverser vers la Nouvelle-Zélande.
Courses, lessives et petites réparations. Sam et Martin nous donnent un coup de main efficace pour réparer le bas étai qui avait montré des signes de faiblesse.
Et puis il y a la coupe du monde de rugby. Après un premier match devant l’écran du Mango café, nos amis tiennent à assister au match Nouvelle Zélande – Afrique du sud. Ils ont repéré une salle municipale pas loin. Assistance 100% locale, et masculine. Marie et Laura n’ont pas froid aux yeux ! Le kava, puisé dans une bassine à l’aide d’une demi coque de noix de coco, circule dans l’assistance. Herman Melville en décrit la fabrication dans Taïpi : des jeunes s’assoient en cercle, se lavent la bouche et mâchent consciencieusement la racine de kava avant de la recracher dans le récipient commun. Après délayage, c’est prêt à servir. L’effet est radical, l’assistance est plongée dans la plus grande torpeur et les actions du match ne provoquent aucune réaction… Quelques jours plus tard c’était France Tonga, mais nous sommes prudemment restés au bateau, quand la bière remplace le kava cela peut être un peu plus animé !

Vendredi 27 septembre : c’est l’anniversaire de Jean-Yves. Nous tairons son âge ! JY reçoit en cadeau d’anniversaire une remarquable coquille d’Ufi gravée. Ce coquillage, une sorte de moule aux dimensions impressionnantes ( 25 cm), se pêche à 60 mètres de profondeur et se cache mi-enfoui dans le sable. Belle occasion pour ouvrir la dernière bouteille de champagne du bord (et ce n’est que la troisième en presque un an !).

Ballades dans l’île : depuis le mont Talau, à 130 mètres, nous découvrons l’archipel, des dizaines d’îles recouvertes d’une luxuriante végétation. Nous rencontrons une quantité invraissemblable de cochons mi-domestiques, mi-sauvages. Pas faciles à capturer dans la boîte !

Nous allons faire un tour dans l’archipel pendant 3 jours, avec un premier mouillage devant le petit village de Matamaka. Un seul bateau de passage, le nôtre. Le village d’une trentaine d’habitants est désert et, surprise, tout les terrains qui entourent les petites maisons sont hautement clôturés, étrange ambiance. Seuls deux enfants apparaissent, mais la communication est limitée car ils ne parlent que le Tonga. Le plus âgé, une dizaine d’années, récupère le bâton dont je m’étais muni pour prévenir une agression de chiens -mauvais souvenir de Niue-, et grave un dessin sur la plage : un enfant au centre, entouré d’une spirale labyrinthe et le bâton planté juste au dessus de sa tête. Le lendemain nous mouillons devant l’île Avalau, derrière laquelle d’étend un magnifique lagon qui nous invite à une belle randonnée aquatique.

Fabrique de bijoux : Marie s’est trouvée une nouvelle vocation, la création de bijoux à partir de coquilles d’huîtres. Des volontaires australiennes, dans le cadre d’une coopération internationale, viennent apprendre aux jeunes Tonguiens à travailler, sculter, graver les coquillages. Tout le monde peut venir s’inscrire pour une ou plusieurs journées. Les apprentis « permanents » et les néophytes d’un jour travaillent sur les mêmes machines autour d’une table commune. Super sympa ! Marie, très fière revient avec un superbe pendentif !

La question commence à se poser du départ vers la Nouvelle-Zélande. A la différence des pays que nous avons abordés jusqu’ici, les formalités sont à accomplir avant l’arrivée dans le pays. Il semble que les douaniers et autorités néo-zélandaises ne soient pas très conciliantes : c’est ce qui se dit sur les pontons ! Mieux vaut préparer l’atterrissage pour éviter qu’il ne soit pas trop compliqué. Et puis il y a la météo, les dépressions plus ou moins fortes se succédent tous les 4 à 6 jours sur la Nouvelle Zélande. Elles viennent des hautes latitudes Sud et sont porteuses de vents violents et plutôt froids. Certaines dépressions se forment aussi près des côtes australiennes et atteignent les côtes néo-zélandaises en moins de trois jours. Et autant d’anticyclones à traverser plus au Nord pour y arriver. Nous mettrons 10 jours, voire plus. Tous les jours, séquence météo pour essayer d’abord de comprendre les cycles et ensuite de viser juste. Tout en se rappelant l’adage bien connu « Qui trop regarde la météo reste au bistrot »…
Une équipe néo-zélandaise des ports d’Opua et Wangharei est venue tout exprès à Neiafu pour expliquer tout cela et renseigner les nombreux équipages qui prévoient de s’y rendre. C’est l’occasion de quelques festivités et échanges avec les habitants de Neiafu. Accueil chaleureux dans une des écoles dont nous apprenons que c’est l’école privée, qui accueille les enfants en difficulté ; quand ils ont repris confiance, ils réintègrent naturellement l’école publique. Les enfants avaient préparé danses et chansons et les familles nous ont chaleureusement fait déguster toutes les spécialités locales.

Mardi 8 octobre nous quittons Neiafu pour une escale à Pangai, dans le groupe d’îles Ha’apai, archipel central des Tonga situé à 70 milles au Sud de Vava’u. Changement de décor et de géologie, le relief est beaucoup plus plat, rappelant celui des Tuamotu. Le village est quasi désert mais le douanier est sympa.
Nous rejoignons, de conserve avec Martin et Laura, la petite île de Ofolonga, entourée d’un lagon limpide, avec son extraordinaire jardin de corail.

Le départ est proche. Nous passons à Pangai pour faire les formalités de clairance, remplir un jerrican de gazole et faire quelques provisions. Après concertation avec Martin, nous levons l’ancre dimanche 13 octobre pour essayer d’arriver à Opua après une méchante dépression annoncée dans une semaine sur le nord de la Nouvelle Zélande, mais avant la suivante.

3 commentaires sur “L’archipel des Tonga

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  1. Bienvenue aux quasi antipodes, cousins..!
    Je me souviens d’un passage épique de la douane néo-zélandaise début 1986 (quelques mois après l’affaire du Rainbow Warrior…) à l’aéroport d’Auckland où l’officier d’immigration était perché sur une chaise d’arbitre de tennis. Je ne vous dis pas la tête qu’il a faite lorsqu’il a appris que nous étions français…

    Notre seul alibi: ma soeur Cécile y était expatriée et venait de donner naissance à son 2ème fils, dont je suis le parrain. La famille c’est sacré..!
    Beau pays. Les Français s’établirent en 1840 au sud à Akaroa que j’ai visitée, et où quelques rues sont toujours francophones.

    Bon vent, bonne mer. Bises.
    JLC

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  2. Oulala : pacifique, pacifique…côté mer et meteo pas tant que ça semble-t-il !!! (Quoique les tempêtes d’automne ici sont pas mal non plus)
    N’empêche que l’eau des lagons est magnifique. Les coraux échappent- ils aux dégradations de plus en plus préoccupantes ? Bonne poursuite de périple bises

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