Traversée de l’Atlantique : 2ème partie

3 janvier : 14°25N 45°16W. Après deux jours quasi stationnaires au milieu de l’Atlantique, ça repart dans l’après-midi et nous filons sous spi sur le bon cap. Comme chaque soir, nous prenons un peu d’angle au vent sous grand voile et génois ou génois seul pour passer des nuits plus tranquilles et aussi anticiper des changements de conditions de vent. En fin de nuit, le régulateur ne joue plus son rôle – trop d’algues agglutinées à son safran – et Marie reprend la barre jusqu’au lever du soleil. C’est à partir de ce jour que les galettes d’algues ont commencé à apparaitre sur la surface de l’eau.

Si elles ressemblent à des chapelets d’étoiles d’or, leurs présence et abondance par 5 à 7000 mètres de fond interrogent. En tous cas, elles nous empêchent de mener à bien nos parties de pêche. La ligne reste rangée.


4 janvier : spi hissé pour reprendre un meilleur cap avec 15 nœuds de vent oscillant. Et Clac ! le spi dégringole et traine dans l’eau ; la drisse a cassé net en tête de mât à la limite de l’épissure. Opération récupération et rangement, qui dure une petite heure. Le spi sera hors service jusqu’à l’arrivée car nous jugeons trop engagé de grimper au mât, avec un fort roulis, au regard des avantages attendus. Nous reprenons le ciseau. La surface de l’océan est toujours savamment désordonnée : une houle de 2 m de nord croise une houle de 2 m de est-sud-est avec des périodes régulières d’addition des effets ou d’annulation.

Le ciseau est difficile à tenir. Les voiles claquent et souffrent, et nous avec. Donc, comme nous l’avait un peu prédit Michel, nous finirons la traversée sous génois seul.
5 janvier : il nous reste en théorie 7 petits déjeuners, et cela commence à devenir un peu monotone. Nous en profitons pour tenter d’augmenter le temps de sommeil. Mais le bateau se charge de nous réveiller. En allant décrocher les algues du safran du régulateur, nous nous apercevons qu’un des pieds du balcon arrière tribord s’est dévissé. C’est fâcheux car ce balcon supporte avec son homologue de bâbord le portique avec les panneaux solaires et l’éolienne. Et en plus le canot de survie ! Séquence bricolage, les outils vrombissent. Pas de question sur la manière de démonter proprement le vaigrage de la cabine arrière : direct, un trou à la scie cloche. Une heure et demi plus tard, c’est réparé.
Du 6 au 9 janvier : les Alizés sont enfin bien établis autour de l’est nord-est, nous continuons notre progression, pas très vite mais dans la bonne direction. Ce moment de calme relatif nous permet de mettre en œuvre notre « projet » de réalisation du pavillon des Grenadines : découpe, couture, collage avec les tissus de satin achetés à Mindelo à 0,5 euros le m². Nous avons les couleurs de base pour faire tous les pavillons de la terre…


Nous sommes maintenant depuis quatorze jours au milieu de ce désert liquide qui pourrait faire croire que la mer a un volume infini qui lui permettrait de tout avaler, absorber, digérer. Ce qui d’ailleurs a laissé penser à l’homme qu’il pouvait y déverser toutes sortes de déchets en toute impunité : des ordures ménagères aux boues rouges, des obus aux déchets nucléaires. Or, les océans ont un volume, environ 1,3 milliards de km3. Cela peut paraitre beaucoup. Mais imaginez, rapporté à la surface du globe, un cube d’un peu plus de 1000 km de côté, qui couvrirait les limites de la France. Il pourrait contenir tous les océans !
10 janvier : pas certains de pouvoir arriver avant la nuit à Bequia. Nuit sans lune, lieu inconnu, il parait que la signalisation n’est pas toujours très opérationnelle, nous rallongeons donc le parcours en tirant un long bord vers la Martinique à l’ouest des côtes de Saint Lucie, pour n’arriver que le lendemain matin. Nous nous ralentissons encore en redescendant sous le vent de Saint Vincent pour profiter de la dévente. Et ce 10 janvier, nous reprenons contact avec la civilisation humaine. La VHF, totalement silencieuse pendant 17 jours, se remet à parler – en français – par la voix du CROSS Antilles-Guyane. La radio locale nous accompagne avec des musiques ensoleillées.



Les reliefs de Bequia au petit matin


Nous arrivons à Béquia au petit jour du 11 janvier non sans avoir hissé le pavillon des Grenadines. Vers 14 h Mimi et Jean-Marie, les copains Ch’ti, nous rejoignent. Ils ont réalisé la traversée une quinzaine de jours auparavant et nous échangeons nos impressions, interrogations et nos « galères ». Et ça fait du bien !

Et voilà, nous avons traversé l’Atlantique…

7 commentaires sur “Traversée de l’Atlantique : 2ème partie

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  1. Coucou Marie-L et J-Yves,
    juste une petite précision océano-géographique, moi qui ai passé un an à la SCRIPPS-UCSD: s’il fallait empiler le volume des océans juste au-dessus de la surface de la France, ce serait plutôt une colonne de 2.500km de hauteur : 1,370 milliards de km3 / 551.695 km2 =2.483 km.
    Comme l’écrivait Gaston Bachelard dans « L’eau et les Rêves » : L’ivresse de la rigueur est la plus haute ivresse…. (j’espère qu’il ne buvait pas que de l’eau).

    Et Arthur Rimbaud dans le Bateau ivre:
    « Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
    Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
    Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche
    Un bateau frêle comme un papillon de mai.. »

    Bises élusives..!
    JLC
    L’instit’ de service

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  2. Bravo à tous les 2, le moral reste bon même quand ça ne semble pas simple ? L’évidence du sourire de Marie-Laure . Bonne année 2019, une année exceptionnelle pour vous, belle aventure à vous! Maryvonne

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  3. Last but not the least
    Vous avez été trop vite…
    Bravo pour la traversée et l’arrivée sous les tropiques ou plus précisément sous celui du cancer !
    Même si j’ai cru comprendre que vous vous êtes déjà entrainés à consommer du rhum avec la daurade, n’abusez pas trop du ti-punch
    Bises aux 2 marin(e)s pas d’eau douce
    Eric

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  4. hello marie laure…je prends le temps de lire vos articles et de regarder vos photos…cela va prendre u ncertain temps mais quel bonheur car j’avais juste feuilleter le classeur de nathalie…pour vous dire plsu tard ce que je vais penser de tout cela.la biz.mireille.

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