Traversée de l’Atlantique : 1ère partie

Selon les modèles de vents, notre traversée devrait durer entre 14 et 20 jours. L’un des modèle prévoyait une quasi absence totale de vent au milieu mais nous avons préféré croire, dans un premier temps, l’autre modèle qui devait nous amener en moins de quatorze jours de l’autre côté et quasiment en ligne droite autour de la route orthodromique.


La silhouette de Sao Vicente s’éloigne


Départ 13h45 le 24 décembre de la Marina de Mindelo, 8, 9 nœuds de vent, tranquille ! 16h, après une petite heure de traîne avec le leurre « rosoyant » neuf de Michel et Evy, une vraie poupée pieuvre Barbie, nous remontons notre première dorade coryphène : 70 cm, belle bête ! Juste ce qu’il faut pour notre réveillon de Noël ! Merci Félix du tuyau pour occire en douceur sans violence et avec respect la bête : à la place du rhum blanc de base préconisé, nous avons utilisé nos ressources du bord : le gin Gordon and Co, quasi intact, acheté l’an passé à Plymouth. 2 centilitres dans les ouïes et la gueule suffisent à calmer définitivement et instantanément la bête. Potion magique incroyable, il faut avoir tester pour y croire.

25 décembre. En 24 h nous aurons parcouru 135 miles en trace directe. Moyenne faible en raison du dévent de Santo Antao. Après avoir terminé la dorade de la veille, nous remettons la ligne, et à 15 heures, une autre dorade rejoint le bord. Elle sera cuisinée cette fois en curry, avec oignons, tomates, lait de coco et épices « retour des Indes » de Rollinger. Une ventrée ! Resservie deux fois. Et après, nous avons renoncé, pendant deux jours, à la ligne pour nous concentrer sur de simples plats de pâtes ou de riz !
Le gros rhume de Jean-Yves attrapé à Mindelo juste avant le départ est traité par injection dans les narines d’une mélange à 50-50 d’eau de mer bouillie et d’eau douce. La dernière injection a été miraculeuse mais par sérendipité : il restait un peu de Gin dans la seringue (sans aiguille…) qui avait servi à étourdir définitivement la deuxième dorade. La formule du remède serait alors plutôt : 40 % eau de mer, 40% eau douce et 20% de Gin. Mais la non représentativité de l’échantillon ne permet pas d’établir scientifiquement la pertinence de la formule !
A la fin de la journée du 26 décembre, le vent a forci de 20-25 avec rafales 28 en passant à l’est ce qui nous oblige à poursuivre la route très au nord de la route directe.
Le 28 décembre le vent se calme à 15 nœuds et nous établissons les voiles en ciseaux. Journée calme, toilette complète, spaghetti carbonara. En soirée nous passons sous spi seul, ça avance aussi bien et c’est plus doux. La nuit fut une exceptionnelle, lente, longue et douce glisse rythmée par des froissements et claquements du spi que de temps à autre un mouvement plus ample du bateau dégonflait sous l’effet d’une vague de travers. Parce que des vagues, il y en a … dans tous les sens avec un croisement de plusieurs houles et des vagues de vents. La surface de la mer présente un désordre très travaillé. Pas de tout repos pour le dormeur balloté !
5ème jour, 29 décembre, nous ne sommes que dans le tout premier tiers du trajet, et c’est nouveau pour nous d’avoir une échéance lointaine ; c’est fort différent que de savoir que nous arrivons le lendemain en traversée de Manche ou 2 jours plus tard en traversée du golfe de Gascogne ou encore trois jours plus tard entre la Bretagne et Vigo. La vie à bord s’organise différemment. Il faut gérer le sommeil et la fatigue, faire les petites réparations qui n’attendront pas l’escale. Mais de bonne humeur nous reprenons l’activité pêche : à 15 h, une troisième dorade.75 cm c’est le tarif et ça nous fait deux ou trois bons repas.
Et puis à partir du 30 décembre, le vent commence à montrer quelques signes de faiblesses ! Quelques sursauts habituels au moment du lever ou du coucher du soleil ! La mer avait oublié de s’harmoniser avec le vent ! Le 31 décembre, nous sommes fatigués, allure trop lente et instable (absence de vent, mer agitée). Résultat : couché à 19h30 UTC, pas de réveillon, pas de Champagne, et nous dormons tous les deux, toute la nuit ou presque avec la veille régulière minimale de rigueur assurée à tour de rôle, allongé sur le banc sous le vent du cockpit avec gilet de sauvetage et harnais assuré !
1er janvier 2019 : Bonne année ! Pas de vent ! Nous affalons les voiles et nous nous arrêtons. Baignade au milieu de l’Atlantique, à tour de rôle quand même, restons prudent, eau à 25,5 degrés.


Baignade par 5000 mètres de fond

Pour recharger les batteries et avancer un peu nous démarrons le moteur et mettons la ligne. Deux heures plus tard, pour déjeuner et profiter du calme marin, nous décidons d’arrêter le moteur. Toujours « pétole », la ligne flotte très mollement derrière. Et là, pour éviter de la laisser s’emberlificoter sous le bateau, nous la remontons machinalement. Bizarrement, elle s’écarte du sillage laissant penser à l’effet d’un courant. Surprise, une touche un peu molle ! Et une quatrième dorade …. de 1,15 de long !


1,15 mètre !

Double dose de Gin avant de la remonter dans le cockpit. Et dépeçage au très affuté couteau de plongée : une partie dans le frigo, une partie à la tahitienne dans le jus de citron pour le petit déjeuner et le reste, puisque nous n’avons pas de congélateur, une douzaine de filets à sécher sur la filière.


Le vent est passé au sud à 5 nœuds. Ce qui nous assure avec le spi quelques heures de progression à 3,5 nœuds. Le mythe, auquel nous aurions voulu croire, d’alizés établies à 15 ou 20 nœuds de Nord Est sur tapis roulant pendant toute la traversée, a vécu. Nous avons à mi-chemin eu plus d’Est que de Nord Est, des vents oscillants et variables, du Sud Est et même du Sud, 25 nœuds peu de temps et près de trois jours entre 5 et 10 nœuds et finalement 2 jours avec peu ou pas de vent du tout. Et bien dans ces conditions, nous avons fait pause, sans voile ni moteur toute la nuit du 1er au 2 janvier comme un mouillage au milieu de L’Atlantique. Etonnant moment où le temps s’arrête mais malheureusement pas le roulis qui nous berce avec excès de zèle ; nous avons plus que modérément apprécié.


Le 2 janvier, après un coucher de soleil magnifique, le lever s’annonce étonnant. Sur l’horizon, plusieurs points lumineux donnent l’impression d’un incendie de forêt. Et dans l’espace d’une demi seconde : le RAYON VERT ! Une demi seconde pour à la fois voir, à la fois prendre et garder la conscience de l’avoir vu, essayer de se souvenir de la nuance de vert, du point où le rayon a surgi qui est sans doute très précisément l’horizon, se demander si on l’a vraiment vu, sans être victime d’hallucination, réaliser que si ! On l’a vu. Et Jean-Yves de se souvenir du nombre de fois où son père disait : « nous allons peut-être voir le rayon vert ! »
Ces deux derniers jours, les deux premiers de l’année 2019, auront marqué un tournant dans notre approche de la traversée. Jusqu’alors, nous avons surveillé le parcours, la moyenne journalière sans doute avec une certaine impatience d’arriver de l’autre côté dans un temps honorable. Après deux jours à l’arrêt, nous nous inclinons face aux caprices – mais ils ne sont tels qu’au regard de nos attentes – du vent et des vagues. Etre dans le moment, se détacher du cap et de la vitesse, se laisser porter en harmonie avec les éléments, avoir la pleine conscience de vivre un moment unique et étrange. Nous sommes, deux, en pleine nature au milieu d’un désert liquide et si loin du monde…

5 commentaires sur “Traversée de l’Atlantique : 1ère partie

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  1. Joli recit !…on a hâte de lire la suite.
    c’est quand même un peu louche cette histoire de dorade imbibé d’alcool qui lorsqu’on la mange fait voir des rayons verts?
    Est ce bien la peine de se remettre du gin dans les narines?
    bisous
    profitez bien
    Evy michel

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  2. Dans notre grisaille difficile d’imaginer vraiment ! Mais la pêche oui ….tous nos vœux et à bientôt vous lire et vous voir les photos sont bonnes😀

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  3. Super. Le récit nous invite au voyage. Sauf pour les daurades: le gin est-il une mort si douce! Efficace sûrement…
    Je vous embrasse très fort

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