Première étape : de Saint Brieuc aux îles Cies

Samedi 30 juin 2018

Cela fait 9 mois que nous nous préparons activement en essayant de penser à tout. Tout a été vérifié sur le bateau, carénage complet, gréement vérifié, électronique entièrement refaite, parc de batteries et chargeur neufs, panneaux solaires et éolienne installés sur un portique, placards réaménagés, équipements de sécurité complétés. CRR, stage moteur diesel, stage sécurité en mer avec certification à l’appui PSmer, révision du brevet de secourisme, médecine d’urgence, entraînement physique…

Temps couvert, vent N-E 15 noeuds, il y a une fenêtre météo pour sortir de la Manche au portant. Il va falloir faire beaucoup d’ouest pour contourner une dépression installée sur le golfe de Gascogne et rester sur l’isobare qui nous garantira du vent portant jusqu’à l’approche des côtes espagnoles.

Passage de l’écluse du Légué impeccable et émouvant, des amis sont venus nous dire au revoir.

Sortis de la baie de Saint Brieuc en 4 heures, nous nous installons après Bréhat au 130° du vent, vitesse 7,5 nds sous régulateur d’allure. Au droit de Roscoff, le vent tombe. Il est 21h30. Un peu de moteur pour se dégager et préparer la traversée de la route des cargos. Premier pépin : ça fume et ça chauffe, pas normal… Inspection du circuit d’eau de mer, démontage de la pompe à eau, vérification de la turbine (changée avant le départ), un coup de soufflette dans le tuyau de la pompe vers la vanne Bingo ! Il y avait des cochonneries dans le circuit. Nettoyage du filtre, remontage et ça repart. Une heure à se demander s’il faudrait aller réparer à Roscoff…

Première nuit de traversée, nous croisons les routes des cargos, la montante abordée à minuit puis la descendante à 3H. Deux heures de sommeil chacun. Le vent monte à 28 nds le matin, la mer est croisée, nous enroulons un peu de génois pour soulager le régulateur.

Un bon risotto et un vent qui mollit à 12-15 nds, voilà de quoi réparer la fatigue des premières 24H ! Nous aurions pu faire la journée sous spi…

Fin de la deuxième nuit. Le vent étant passé au N-NE notre route s’infléchit un peu vers le Sud, comme prévu. Mais il faut faire encore de l’Ouest, sans quoi nous nous approcherons trop du centre de la dépression et le vent sera moins favorable. Cap au 250 c’est parfait. Le vent remonte à 25-30 nds et la mer grossit, eh oui le fetch s’est allongé au fur et à mesure de notre progression. Ciel gris, mer hâchée, creux de 4 mètres, que nous dévalons à 8-9 nds, un peu brinquebalés. Je ne me souvenais pas avoir eu le mal de mer… Au milieu de nulle part, nous passons entre deux bateaux de pêche, l’un français l’autre espagnol. Un peu plus tard, nous croisons plusieurs bateaux qui raclent le bord du plateau continental. Après c’est le King Arthur Canyon, nous y voilà, la mer s’aplatit un peu. Nous nous dirigeons vers la plaine abyssale du golfe de Gascogne et ses plus de 4500 mètres de profondeur. Bon, ça ne change rien, 200 mètres ou 4500 mètres, on flotte !

Pétole… et invasion de mouches et moucherons ! D’où viennent-ils, si loin des côtes ? On se traîne à 3,5 nds. Dans « La lenteur« , Kundera se demande « où sont les flâneurs des temps modernes« . Eh bien, rare privilège, là, c’est nous !

Avant la quatrième nuit, nous sommes à égale distance (300 nautiques) de la pointe du Raz et du Cap Finisterre (Corogne). En longitude, nous approchons le 14°Ouest.

Le cinquième jour est calme, nous enroulons la dépression comme prévu : elle est stationnaire, comme nous l’indiquent les Gribs reçus grâce à l’Iridium. Un seul cargo croisé mais en route de collision ce qui nous oblige -zut alors- à empanner.

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Sixième jour : trois ou quatre baleines croisées mais pas trop près (plus de 200 mètres) et le voilier Kaer, se dirigeant vers Horta, qui nous demande de bien vouloir envoyer un mel pour rassurer la famille (son Iridium est en rideau), ce que nous faisons immédiatement !

Septième jour calme malgré une mer un peu hachée. Marie se plonge dans Les nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar, Jean-Yves reprend sa lecture de Simon Leys. Aux limites du Banco de Galicia, une baleine vient nonchalamment reprendre sa respiration à 50 mètres derrière nous : nous apercevons le petit aileron du rorqual commun.

Huitième jour, nous croisons la route des cargos au large de Vigo, ça passe sans problème, merci l’AIS ! Le vent tombe complètement en milieu de journée et nous finirons au moteur… Cela fera au moins de l’eau chaude pour la douche ! Les lignes que nous traînons donnent enfin 7 ou 8 maquereaux à l’approche des îles Cies, où nous jetons l’ancre juste au coucher du soleil, devant la plage de Las Rodas.

En enroulant la dépression nous aurons parcouru plus de 1000 milles en 8 jours, à la moyenne de 5,5 noeuds, et presque tout le temps entre 130 et 150 ° du vent. La bonne nouvelle est que nous arrivons en forme, beaucoup mieux qu’il y a quelques années après une remontée du Golfe de Gascogne en 3 jours ; à l’époque nous n’avions ni AIS ni régulateur d’allure…

Le bilan que nous tirons de cette première étape : avec un bateau bien préparé, une bonne fenêtre météo,  un routage soigné, un bon avitaillement, tout doit bien se passer (à condition quand même de savoir traiter les pannes de moteur…). Le bon fonctionnement du régulateur d’allure est essentiel. L’AIS est un confort très appréciable, même s’il ne dispense pas de veille 24/24. Évidemment, il faut s’en tenir à la toile du temps, et même plutôt sous-toiler, en équipage réduit, en particulier pour aborder la nuit. Ne pas hésiter à s’attacher, quand le vent forcit, quand on se déplace sur le bateau, et la nuit dans tous les cas. A deux, la gestion du sommeil est LE sujet, mais après les trois premiers jours, un peu difficiles, on arrive très bien à organiser un sommeil fractionné ; il est juste prudent de compter ses heures de sommeil pour vérifier que le quota par 24 heures est rempli.

Prochain épisode : des îles Cies à Lisbonne…

8 commentaires sur “Première étape : de Saint Brieuc aux îles Cies

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  1. LE CLUB DE DTNx vous souhaite un plein succès ,que vos rêves s’accomplissent et que cette semi-circumnavigation vous comble par la réalisation de vos rêves les plus fous .
    f.Terranova

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  2. Merci de nous accueillir à bord !…surtout à notre âge…Ton Parrain t’envoie les “Sept Dons du Saint-Esprit…Sagesse , Force, Conseil….et tous les autres …” Bon vent et affections à vous deux.. Parrain et Tati .

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